L'Etape de Diourbel (1912)
22/08/2008 05:20 par boromtouba
Cheikh Ahmadou BAMBA écrivit à propos de l'étape de Diourbel : "Les colons ont requis mon retour à Diourbel [avec de mauvais desseins]; mais s'ils s'avaient ce que recouvre ce retour, ils ne l'auraient certes pas sollicité".
C'est donc dire que le Cheikh n'était point sans réaliser que les véritables desseins de ses persécuteurs à travers son retour à Diourbel ne consistaient pas uniquement à mieux assurer la surveillance de ses faits et gestes mais aussi en une tentative d'aliénation et d'assimilation culturelle, à travers surtout l'enrôlement des jeunes mourides à l'école occidentale; car là où le glaive et la poudre ont échoué, ont souvent réussi la règle et la craie.
Ainsi le nouveau péril, infiniment plus pernicieux, auquel la communauté mouride eut à faire face à Diourbel fut l'acculturation et le complexe d'infériorité contre lequel elle dut résister par, notamment, l'extension des daaras, la référence aux enseignements du Cheikh et d'autres aspects de la dynamique confrérique à même de préserver le tissu social et culturel.
L'étape diourbelloise fut aussi placée sous le signe de la profusion littéraire du Cheikh dont les qasidas (odes) composés essentiellement, en ce temps, de Louanges à DIEU et de Prières sur le Prophète (PSL), donnaient aussi une idée de sa Station Suprême, de son Anéantissement en DIEU et d'autres Dons Prodigieux que la plume a du mal à décrire. Furent ainsi reçus à Diourbel des Croyants du monde entier venus boire à cette Source Inépuisable; des émissaires de l'Imam de Médine (la ville du Prophète (PSL) ), des saintes figures de l'Afrique Noire et Blanche, des gens de toutes conditions et de tous horizons se pressaient devant la porte du Cheikh dont les capacités à assumer les tâches que supposait une telle affluence en même temps que ses permanentes occupations cultuelles ne cessaient d'étonner.
Ainsi nota t-on un resserrement de la surveillance dont il faisait l'objet; lors notamment de la nomination de l'Administrateur du Cercle de Diourbel entre 1913 et 1915, Antoine LASSELVES dont la persécution et les perquisitions inopinées dans la concession du Cheikh, lui ayant permis de bien observer celui-ci, finirent par transformer radicalement sa prévention envers l'homme de DIEU. Ceci au point qu'il rédigea, à la fin de sa mission en 1915, un des rapports les plus élogieux et les plus enflammés jamais destinés par un non-musulman à la personne du Cheikh; rapport qui préfigurait en fait la sensible métamorphose qu'allaient subir dans les années qui suivirent les relations de Cheikh Ahmadou BAMBA avec les autorités coloniales...
Le Serviteur Privilégié du Prophète fut appelé, pour la seconde fois de sa vie, à quitter les siens lorsqu'il fut contraint de quitter sa demeure pour la Mauritanie le 14 du mois de "Gamou" (Rabi'u-l-Awwal) 1321. Cette date, signe du destin, correspondra très exactement à celle du Conseil Privé de Saint-Louis qui avait décidé de sa première déportation au Gabon... Autre détail caractéristique est aussi que le jour de 14 du mois de "Gamou" représente le surlendemain de celui de l'anniversaire de la Naissance du Prophète (PSL) mais aussi de celui de son Hégire vers Médine (qui ont tous les deux eu lieu un jour de 12 du mois de "Gamou" )...
Ainsi Cheikh Ahmadou BAMBA eut-il à rejoindre le Cheikh Sidya à Saout-el-Ma après avoir confié à son frère et disciple Mame Thierno Birâhim la charge de superviser l'enseignement des mourides et à Mame Cheikh Anta la gestion de leurs travaux.
Une fois en pays maure, le Cheikh sera appelé à accompagner la famille de Cheikh Sidya dans nombre de ses déplacements vers les points d'eau tels Babagouy, Al-Idiyya, Tanamire ou Sarsar. C'est notamment au cours de leur séjour à Sarsar que l'accès au Cheikh fut autorisé par les colons et que purent se déverser des vagues de visiteurs venues du Sénégal en pèlerinage, mais aussi des tribus bédouines dont les Bani Daymân restaient sans doute la plus réputée pour sa piété ancestrale, l'excellence de ses Ulémas dont le fameux Muhammad al-Yaddali n'est certes pas le moins éminent.
L'indescriptible impression occasionnée par la Lumière et les Dons Incommensurables du Serviteur du Prophète que ces éminences ne tardèrent point à déceler après due mise à l'épreuve firent qu'ils finirent par lui faire unanimement allégeance, suivies en cela par d'autres tribus bédouines; ce qui préfigurait, en quelque sorte, une révolution psychologique tant il est vrai que les secrets de la religion étaient, chez les indigènes Noirs, réputés être l'apanage des Maures,
Complexe d'infériorité dont le Cheikh fut l'un des rares à s'être affranchi et, ce, très tôt durant sa jeunesse, à travers notamment son préambule dans Les Itinéraires du Paradis: "[Ô Lecteur!] que mon appartenance à la race noire ne t'incite point à ne pas accorder le crédit dû à cet ouvrage/ L'homme le plus honorable auprès de DIEU est sans conteste celui qui Le craint le plus/ La couleur noire de la peau ne saurait aucunement être un indice de sottise ou d'inintelligence..."
Le Cheikh rendra, par ailleurs, plus tard grâce à DIEU de la faveur qu'IL lui fit à travers l'allégeance des tribus bédouines:
"La Louange soit rendue à DIEU qui fit des Bani Deyman mes Auxiliaires".
Durant cette période, les mourides eurent à effectuer le périple à pied ou par tout autre moyen dans des conditions de voyage que seule la foi pouvait justifier.
Devant cette nouvelle affluence les autorités coloniales pensèrent un moment l'éloigner en 1906 à Fort-Coppolani, un peu plus au nord de la Mauritanie, mais consentirent finalement à autoriser Cheikh Ahmadou BAMBA, sur sa demande, à revenir au Sénégal, en juin 1907.
Mais pour parer aux craintes de débordement que leur inspirait ce second retour au pays, les autorités décidèrent de limiter la liberté d'action du Cheikh en le détenant en résidence surveillée dans la localité de Thiéyène, située dans la province du Jolof, où un terrain de 4 km² lui fut affecté. Des mesures draconiennes furent par la suite prises pour contrôler et limiter le flot de visiteurs qui quotidiennement se déversait chez le Saint Homme avec des quantités impressionnantes de dons de toutes sortes.
Cheikh Ahmadou BAMBA dut ainsi résider pendant prés de quatre ans et demi à Thiéyène avant d'être autorisé à rentrer définitivement à Diourbel sur requête du Commandant de Cercle dont les profondes motivations s'avérèrent par la suite loin d'être de toute honorabilité...
L'euphorie qui accueillit ce retour miraculeux fut indescriptible d'un bout à l'autre du pays. Le Cheikh partit d'abord pour Saint-Louis où il resta pendant quelques jours mémorables d'émotion, puis passa par Louga pour se rendre ensuite à Darou Salam où son frère et disciple Mame Cheikh Anta lui réserva des festivités inoubliables dignes d'un monarque.
Après un mois de séjour, le Serviteur du Prophète se déplaça à Darou-l-Manan et y resta quelques mois au cours desquels les hommes déferlèrent de tous horizons en vagues incessantes vers sa sainte personne. Celle-ci, imbue des Grâces Infinies procurées par le SEIGNEUR à travers les longues années d'épreuves solitaires, ne cessa en aucun moment de prodiguer les houles bienfaisantes de ses lumières sur les âmes et les coeurs, ni de combler les besogneux et les hommes de mérite de dons en toutes natures qui affluaient vers lui.
La jeune communauté mouride se raffermit et sembla ainsi accéder à la maturité, après les pénibles années d'adolescence de l'Exil. Face à ce prodigieux retournement du destin, le Mal n'allait pas tarder à mobiliser ses troupes et à tenter encore une fois de perdre le Saint Homme...

La Vie de Cheikh Ahmadou Bamba

Le Retour d'Exil (11 Novembre 1902)
Une fois prise, à l'issue de la séance historique du Conseil Privé de Saint-Louis, la décision de l'interner au Gabon, Cheikh Ahmadou BAMBA fut transféré à Dakar où il parvint au soir du jeudi 19 septembre 1895.
Installé chez un indigène du nom de Ibra Binta GUEYE, le Cheikh, alors à jeun, se vit aussitôt convoqué par le Gouverneur de Dakar dont le courroux, se déversant sur lui, l'obligea à passer la nuit dans une cellule infecte dont l'inhospitalité marqua si fortement le Cheikh qu'il écrivit plus tard:
"Lorsque je songe à ce qui fut décidé, à ce Gouverneur et à ce cachot, me prend aussitôt l'envie de combattre par les armes; mais Celui qui éfface les péchés [le Prophète] m'en dissuade... "
Cheikh Ahmadou BAMBA embarqua finalement le samedi 21 septembre 1895 à bord du paquebot "Ville de Pernambouc" sur lequel il aura à affronter d'autres épreuves dont: l'hostilité affichée de l'équipage, la ruée d'un taureau déchaîné vers sa sainte personne et dont il fut miraculeusement préservé etc.
Une fois aux îles, le Cheikh, selon ses propres dires mêmes, fut sujet à toutes sortes d'exactions et de brimades, et cela tout au long de ses séjours successifs dans la jungle de Mayumba, à Lambaréné et ailleurs.
La moiteur, le grand nombre de maladies tropicales mais surtout la solitude caractérisant ces lieux firent aussi de ces années les plus éprouvantes de l'existence du Cheikh, isolement perceptible dans nombre de ses écrits où il exprime avec humilité tout son attachement, sa confiance et sa reconnaissance au TRES-MAJESTUEUX de même que sa résolution inébranlable à rester "l'esclave de DIEU et le Serviteur du Prophète (PSL) à demeure".
N'ayant pour témoins que les éléments, il eut cette poignante profession: "O Océan de Mayumba! témoigne que je suis l'esclave de [DIEU], Celui qui pardonne les péchés, et que je demeure le Serviteur du [Prophète] Elu! Témoigne, qu'en tant qu'ami intime du [Prophète], celui qui comble d'honneurs ses amis, je rejette toute forme d'association à DIEU et n'adore que Lui seul!"
Ces épreuves et d'autres privations que s'infligeait volontairement le Cheikh pour la FACE de DIEU eurent quelques fois pour spectateurs les habitants primitifs de ces contrées ou des indigènes originaires du Sénégal dont certains eurent à lui manifester leur estime ou même à lui faire allégeance. Le Cheikh aura aussi à faire la rencontre, durant l'Exil, de nombre de personnalités marquantes de cette époque, telles le futur premier député d'Afrique Noire Blaise DIAGNE, alors fonctionnaire des Douanes, son disciple et frère Mame Cheikh Anta MBACKE qui avait entreprit le périlleux voyage au Gabon.

Le Cheikh eut de même à entretenir une correspondance avec l'illustre résistant guinéen, l'Almamy Samory TOURE, déporté depuis 1899 à Njolé, au Gabon, où il trouvera d'ailleurs la mort le 2 juin 1900. Il est rapporté que le Cheikh effectua, lorsqu'il apprit la nouvelle, la prière des morts à son intention depuis Lambaréné, conformément à la Sunna Prophétique . L'ex-Bourba Jolof Samba Laobé Penda, exilé cinq mois après le Cheikh en raison, pour partie, des relations le liant à celui-ci, eut aussi à le retrouver au Gabon.
Cette période fut également marquée par l'abondance des Dons Mystiques Incommensurables procédant de DIEU, Faveurs
Insignes se traduisant par une Elévation à des degrés spirituels inouïs et inédits que démontre la profusion littéraire des années dites " maritimes"; richesse le rangeant de facto parmi les auteurs les plus prolifiques, sinon le plus prolifique, du monde musulman. Ainsi aura t-il à répondre beaucoup plus tard à son fils Cheikh Muhammad-al-Bachir MBACKE qui le questionna un jour sur cette époque:
"[Au cours de cet exil] ma connaissance gnostique s'est accrue, mon arrivée à DIEU (wusûl) s'est confirmée, ma certitude a atteint de nouveaux degrés et j'ai obtenu des Grâces Infinies"...
Au cours de cette période la jeune communauté mouride eut à affronter l'une des premières épreuves les plus pénibles de son histoire car, la déportation de son guide ayant entamé l'engagement de certains, il y eurent des désaffections contrastant singulièrement avec le regain d'assurance et de triomphalisme de leurs adversaires qui, excès d'acharnement et de cruauté, n'hésitaient pas à distiller des rumeurs sur la disparition de Cheikh Ahmadou BAMBA.
Mais regroupés autour de leurs principaux cheikhs désignés par Khadimou Rassoul à son départ: Mame Thierno Birahim assumant la direction des enseignements, Cheikh Ahmadou NDOUMBE préposé à la supervision des travaux champêtres, Cheikh Ibrahima FALL et d'autres figures emblématiques de la Muridiyah, les adeptes réussirent à préserver intacte leur foi en l'Inéluctabilité du Secours Divin et au triomphe de la Vérité sur l'erreur.
Par ailleurs les efforts que ne cessa de consentir le Cheikh Ibrahima FALL, resté à Saint-Louis, réussirent à convaincre le futur député CARPOT entre autres de la parfaite innocence de Cheikh Ahmadou BAMBA au point qu'il s'engagea à réhabiliter celui-ci à son élection. La chose faite, le Serviteur du Prophète put, par la Grâce de DIEU et Sa Volonté Bienveillante, rentrer au Sénégal le mardi 11 novembre 1902 à bord du navire "Ville de Maceïo", après un peu moins de huit années exil
L'on peut aisément imaginer l'extraordinaire effervescence qui accueillit au port de Dakar, puis dans le reste du pays le retour de "celui qui est revenu des contrées d'où l'on ne revient pas", grâce à la Seule Puissance de DIEU, qui n'a point, encore une fois, manqué à Sa Promesse de "secourir les Croyants"...
Entièrement assujettie au saint devoir de la piété filiale, la forte personnalité de Cheikh Ahmadou BAMBA n'avait, jusqu'à la disparition de son père, jamais eu la latitude nécessaire à sa pleine expression. Mais les événements immédiatement postérieurs à l'inhumation même de Momar Anta Sali n'allaient pas tarder à révéler sa véritable physionomie spirituelle en consacrant l'originalité de sa démarche et sa prééminence incontestable sur ses contemporains.
En effet, un premier incident majeur survint, juste après la cérémonie mortuaire, lorsqu'il fut question de préposer le jeune Cheikh à la succession de son père pour les charges de conseiller du roi.
Déclinant catégoriquement et publiquement cette offre, il eut ces propos qui semèrent le désarroi dans l'assistance: "Je n'ai pas l'habitude de fréquenter les monarques. Je ne nourris aucune ambition à l'égard de leurs richesses et ne recherche des honneurs qu'auprès du SEIGNEUR SUPREME (...) J'aurais honte que les Anges me voient aller chez un autre roi que DIEU".

Il composera par la suite, en guise de réponse aux dignitaires et à ses détracteurs, une ode devenue célèbre:
" Penche vers les portes des rois, m'ont-ils dit, afin d'obtenir des biens qui te suffiraient pour toujours.
DIEU me suffit, ai-je répondu, et je me contente de LUI et rien ne me satisfait si ce n'est la Religion et la Science.
Je ne crains que mon ROI et n'espère qu'en LUI car c'est LUI, le MAJESTUEUX, qui m'enrichit et me sauve.
Comment disposerais-je mes affaires entre les mains de ceux-là qui ne sont même pas capables de gérer leurs propres affaires à l'instar des plus démunis?
Et comment la convoitise des richesses m'inciterait-elle à fréquenter ceux dont les palais sont les jardins de Satan?
Au contraire, si je suis attristé ou éprouve un quelconque besoin, je n'invoque que le Propriétaire du Trône [qu'est DIEU].
Car IL Demeure l'Assistant, le Détenteur de la Puissance Infinie qui crée comme IL veut tout ce qu'IL veut.
S'IL veut hâter une affaire, celle-ci arrivera prestement mais s'IL veut l'ajourner, elle s'attardera un moment.
O toi qui blâmes! N'exagère pas dans ton dénigrement et cesse de me blâmer! Car mon abandon des futilités de cette vie ne m'attriste point...
Si mon seul défaut est ma renonciation aux biens des rois, c'est là un précieux défaut dont je ne rougis point!"
Ce double défi lancé à la fois aux souverains, à qui le Cheikh rappelait leur servitude vis-à-vis du ROI des rois qu'est le TOUT-PUISSANT, puis à l'élite de l'orthodoxie musulmane dont il dénonçait la complaisance et la compromission, constitua en fait les premières prémices significatives des vives hostilités que n'allait pas tarder de susciter son intransigeance..
En effet devaient, dès lors, se révéler un cercle limité de partisans, parmi les véridiques, frappés par sa Pureté et sa Crainte Révérencielle alors que la majorité de ses contemporains et parents conçurent dès lors une forte défiance à son endroit. L'incompréhension dont il fut victime lui valut en ce temps nombre de vexations et de brimades auxquelles Cheikh Ahmadou BAMBA répondait invariablement par la patience et la bienveillance.
Cette époque fut aussi marquée par l'errance du Cheikh à travers les contrées inhospitalières du Sénégal et de la Mauritanie, à la quête de science ou à la rencontre des pieuses gens auxquelles il témoignait une vive admiration se traduisant par les divers services qu'il ne manquait jamais de leur rendre. Il eut à utiliser successivement en ce temps le wird de la Qadria transmis par son père, celui provenant de Abû al-Hassan Al-Shâdhilî (1197-1256) pendant huit ans et le wird de Cheikh Ahmed Tidjane (m. 1815) pendant huit ans ou plus.
Cette bonne disposition du Cheikh envers toutes les voies spirituelles accréditées atteste un esprit d'ouverture, de tolérance et de respect des Grands Maîtres qui ne se démentira jamais malgré les innombrables tentatives de dissension des ignorants ou des ennemis comme il eut à l'écrire dans ses Itinéraires du Paradis: "Tous les wirds mènent directement l'aspirant spirituel vers l'Enceinte Scellée de DIEU, peu importe qu'ils émanent de A. Qadir Jilâni, de Ahmad Tijâni ou d'une autre Eminence spirituelle"...

A ce stade de la quête auprès des Maîtres Illustres allait plus tard succéder l'instruction spirituelle directe auprès du Messager de DIEU en personne, le Prophète Muhammad (PSL) en dehors duquel il lui fut désormais interdit de rechercher un guide. Le Cheikh prit dès lors le Coran comme wird et s'engagea au Service (Khidmah) de son seul Maître, le Prophète (PSL). Ensuite, obtempérant à l'Ordre Divin l'enjoignant de proclamer les Avantages lui provenant de DIEU, il invita ceux de ses contemporains aspirant à s'engager dans la Voie à le suivre.
Les principes de sa tarbiyya (éducation spirituelle), reposant essentiellement sur la connaissance de la profonde physiognomonie du postulant, permettait au cheikh de choisir la méthode la mieux adaptée aux aptitudes du disciple: éducation livresque et éducation spirituelle. Ainsi le Cheikh eut-il à éduquer par le verbe, en incitant par la Sagesse (Hikam) et l'Avertissement (Intizar) vers l'ascèse et la perfection spirituelle, à prêcher par l'exemple la stricte observance des Prescriptions Divines, l'abandon absolu de Ses Proscriptions, l'évocation du Nom de DIEU (Dhikr) et la détermination dans le service (Khidmah) rendu aux créatures pour la FACE de leur CREATEUR.
Sa renommée ne tardant pas à s'étendre du fait de ses vertus charismatiques et des lumières dont irradiaient ses aspirants, l'affluence chez lui prit alors des proportions impressionnantes. Ainsi put-on compter parmi ses disciples, dans ses daaras (écoles) de Mbacké Cayor et d'ailleurs, nombres de figures éminentes de la noblesse céddo mais aussi des érudits et des hommes de DIEU émerveillé par ses dons: Cheikh Adama GUEYE, Cheikh Ibrahima FALL, Cheikh Issa DIENE, Cheikh Ibrahima SARR etc.
La suspicion que fit bientôt naître un tel mouvement se traduisit par les persécutions dont firent très vite objet les novices mourides de la part des chefs locaux dont l'autorité se sentait menacée par leur latente insoumission et par l'hostilité affichée de certains maîtres spirituels dont la popularité du Cheikh semblait se conforter au prix de la désaffection des disciples.
Ces oppositions conjuguées à d'autres circonstances historiques objectives allaient en fait constituer les prémices des futures épreuves que la main du Destin préparait déjà pour la jeune communauté mouride, vérifiant encore une fois la prédiction de Warrakha Ibn Nawfal annonçant au futur Messager de DIEU (PSL): "Nul n'a apporté ce que tu apportes sans avoir été persécuté"...

Ce vocable Touba apparaît une fois dans le CORAN, au verset 29 de la sourate 13 (Le Tonnerre) où le TOUT PUISSANT dit:
"Ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, atteindront la Félicité (Touba) et un excellent Lieu de retour."
On retrouve aussi ce mot très souvent dans la tradition Prophétique dont un hadith célèbre rapporté par Ibn Habân dit:
"Touba est un des arbres du Paradis. L'étendue de son ombre équivaut à une marche de cent ans et les vêtements des habitants du Paradis sortiront de ses fleurs."
Le village qu'édifia le Cheikh à son nom se trouvait au milieu d'une contrée hostile, dépourvue d'eau où ne pouvait résider que celui qu'habitait la volonté de se détacher des hommes.
Ceci explique pourquoi le Cheikh affirmait : "La raison pour laquelle TOUBA et Darou Salam me sont plus chers que les autres lieux que j'ai édifiés réside dans la sincérité de l'intention qui m'inspira l'idée de les fonder. Je n'y suis pas venu pour suivre les traces d'un ancêtre, ni pour chercher un site propice à la culture, ni pour découvrir un pâturage. Mais uniquement pour adorer DIEU l'Unique, avec Son Autorisation et Son Agrément".
C'est notamment à Touba, dans sa mosquée de Darou Khoudos, qu'il prêta allégeance au Prophète (PSL) dans le Service duquel il décida de se consacrer à travers ses Panégyriques, la réhabilitation et la revivification de ses Enseignements tels que révélés par le Coran et la Sunna (la Tradition Prophétique) etc.
L'attachement qu'éprouvait le Serviteur du Prophète envers ce lieu est par ailleurs démontrée par la place de choix qu'il occupe dans ses écrits. C'est ainsi qu'il écrivit: " L'Autorisation de fonder TOUBA m'a été donnée par le SEIGNEUR de l'Univers". Il invoquait aussi souvent DIEU d'assurer la Sauvegarde et l'Epanouissement de sa ville: "Fais de la cité bénite de Touba un lieu d'instruction, de connaissance et du respect de l'orthodoxie"
La formidable expansion de la ville, surtout depuis les années 80, faisant d'elle actuellement la seconde ville du pays, et ses nombreuses particularités (spirituelles, urbaines etc.) semblent en tous cas attester que ce Haut-lieu constitue en fait un don inestimable du CREATEUR envers un de Ses Serviteurs Privilégiés...


Ainsi l'Administrateur LECLERC fut-il chargé, à la tête d'une importante troupe composée essentiellement de gardes et de cavaliers dirigés par des chefs indigènes, de s'acheminer vers Mbacké-Bâri aux fins de contraindre par la force le Saint homme à se rendre à ladite convocation. Informé, Cheikh Ahmadou BAMBA dut mander une seconde fois le Cheikh Ibrahim dans le but de dissiper le malentendu. Mais face à la détermination d'en découdre qu'afficha l'Administrateur, l'émissaire du cheikh dut informer celui-ci de l'échec de sa mission; ce à quoi, Cheikh Ahmadou BAMBA, devinant la trame de la Volonté Transcendante, qui seule pouvait présider à ces événements, confia les siens à la Grâce de DIEU et partit à la rencontre de ses ennemis.
C'est ainsi qu'il retrouva le plénipotentiaire du Gouverneur dans la localité de Jéwol dans l'après-midi du samedi 10 août 1895. Ce jour de 18 du mois de safar 1313 de l'Hégire constituera, plus tard, celui de la célébration du grand Magal de Touba, car cette épreuve préfigurait déjà aux yeux du Cheikh le Succès et les Avantages Inestimables que le TOUT-PUISSANT Dissimulait dans le Service qu'il comptait effectuer pour le Meilleur des humains (PSL).

Ayant ainsi passé la nuit à Jéwol, le saint homme reprit, en bonne escorte, son périple le matin du dimanche, fit une escale dans le village de Kokki d'où il s'achemina de nuit vers Louga. De cette localité, il prit, le lundi 12 août, le train pour Saint-Louis qu'il atteignit au crépuscule et où il restera pendant les 10 jours restants du mois de safar et presque tout le mois de Rabi'u-l-Awwal.
Le Serviteur du Prophète aura à subir sur cette île nombre d'épreuves de la part de ses persécuteurs dont la plus injuste restera sans doute la décision de l'exiler vers les contrées hostiles de l'Afrique Equatoriale. Mais ceux-là qui le bannirent et tentèrent de l'avilir à jamais ne savaient certes pas que le TOUT-PUISSANT s'était LUI-MÊME Prescrit, de toute éternité, le Devoir de Secourir Ses Amis; et où qu'ils puissent se trouver...
La Vie de Cheikh Ahmadou Bamba
La Vie de Cheikh Ahmadou Bamba Le Conseil Privé de Saint-Louis (5 septembre 1895) Après son arrestation à Jéwol, le Cheikh Ahmadou BAMBA restera à Saint-Louis jusqu'au jeudi 5 septembre 1895, date à laquelle le Conseil Privé, composé de dix membres réunis dans la salle ordinaire de ses délibérations, décida son internement au Gabon. L'Histoire a surtout retenu de ce jour la tempérance du Cheikh dans sa défense contre les chefs d'accusation qui lui furent exposés mais surtout le coeur qu'il eut de parapher au bas du document qui lui fut tendu la sourate Ikhlâs , symbole de l'Unicité Absolue de DIEU comme négation de la Trinité, en guise de signature, mais surtout celui d'effectuer deux rakkas devenues célèbres sur le lieu même de ladite séance. Une coïncidence significative fut que ces événements eurent, non seulement, lieu au cours du mois de la Naissance du Prophète (PSL), mois de Rabi'u-l-Awwal ("Gamou") que vénérait particulièrement le Cheikh, mais le Conseil Privé fut tenu le jour de 14 de ce mois qui correspond au surlendemain de l'Anniversaire de la Naissance du Prophète (PSL) pour le Service duquel le Voyage est censé être fait. En effet le dernier Messager de DIEU (PSL) est, selon l'hagiographie musulmane, né la nuit du 12 du mois de "Gamou" et a aussi émigré à Médine un jour de 12 du mois de "Gamou". La coïncidence étonnante sera donc que son Serviteur sera aussi appelé à exiler et à entamer le Service qu'il lui destinait au surlendemain de ce jour calendaire correspondant à l'Hégire de son Maître (PSL) ayant eu à subir la même épreuve dans des conditions étrangement similaires relatées par le Coran: "Rappelle-toi lorsque les infidèles complotaient contre toi afin de t'emprisonner ou te tuer ou t'expulser; ils complotaient alors que DIEU cernait leur plan" (8:30) Au cours de son séjour à Saint-Louis Cheikh Ahmadou BAMBA fut l'objet de la sollicitude de nombre de grandes figures musulmanes dont certaines l'exhortèrent vivement à interjeter appel de l'injuste décision; éventualité à laquelle il ne daigna jamais souscrire car, disait-il: " Je me suffis de DIEU en dehors des roitelets et de Muhammad en dehors de tout autre intermédiaire". C'est ainsi que le Serviteur du Prophète fut contraint de quitter l'île de Saint-Louis, le matin du jeudi 19 septembre 1895, correspondant à l'avant-dernier jour du mois de Rabi'u-l-Awwal, pour s'acheminer par chemin de fer vers la ville de Dakar où l'attendaient d'autres péripéties...


L'Exil au Gabon (1895-1902)